MONTJOUVENT

Extrait du Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté
de A. ROUSSET
Tome IV (1854)

Mont-Jouvent, Montgevand, Montjouans,

Village de l'arrondissement de Lons-le-Saunier, canton, perception et bureau de poste d'Orgelet, paroisse de Sarrogna, à 3 km de Sarrogna, 4 d'Orgelet et 23 de Lons-le-Saunier en passant par Montaigu.

Altitude : 502m.

Le territoire est limité au nord par Orgelet et Plaisia, au sud par Chambéria, à l'est par la route d'Orgelet à Arinthod, Marangea, Plaisia et Nermier, à l'ouest par Orgelet et Chambéria. Il est traversé par les chemins vicinaux tirant à Nermier, Sarrogna et Orgelet ; par le ruisseau du Bourbouillon, la fontaine d'Argent et la fontaine du Chevalier.

Le village est situé sur la crête d'une colline, entre la route départementale n° 9, d'Orgelet à Nantua, et le chemin de grande communication n° 32, d'Orgelet à Arinthod. Les maisons sont disposées par groupes, construites en pierres et couvertes en chaume, sauf quelques-unes couvertes en tuiles ou en laves.

Population : en 1790, 143 habitants ; en 1846, 129 ; en 1851,146 dont 67 hommes et 79 femmes ; population spécifique par km carré, 42 habitants ; 32 maisons ; 32 ménages.

État civil : Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1792.
Série communale à la mairie. La série du greffe, déposée aux Archives Départementales, a reçu les cotes 3 E 5449 à 5452, 3 E 8116, 3 E 9864 à 9866 et 3 E 13032.
Tables décennales : 3 E 1092 à 1100.
Microfilmé sous les cotes 5 Mi 734, 5 Mi 1273, 2 Mi 1106, 2 Mi 1825, 5 Mi 5 et 5 Mi 1183.

Vocable : saint Pancrace. Paroisse de Sarrogna.

Cadastre : exécuté en 1826 ; surface territoriale 3441' 66" divisés en 1128 parcelles que possèdent 64 propriétaires dont 18 forains ; surface imposable 341h à savoir: 141h en terres labourables, 78h en pâtures , 77h en bois-taillis, 33h en prés, 51h 56a en friches et murgers, 4h65a en broussailles, 92a en sol de bâtiments et 61a en jardins, d'un revenu cadastral de 4823 fr. ; contributions directes en principal 628 fr.
Le sol, montagneux, et d'une fertilité ordinaire, rend cinq fois la semence des céréales et produit du blé, beaucoup de maïs, des légumes secs, des carottes fourragères, des pommes de terre, du chanvre, du foin, un peu d'orge, d'avoine, de navette, de betteraves et de fourrages artificiels. On exporte le sixième des céréales et on importe le vin. Le revenu réel des propriétés est de 3 fr. 50 c. pour 0/0.

On élève dans la commune du beau bétail à cornes et des porcs qu'on engraisse, des mulets, des moutons et des volailles ; 40 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait beaucoup de progrès.
On trouve sur le territoire de la marne, de la pierre à chaux, de la pierre ordinaire à bâtir et de la terre glaise propre à faire de la tuile et des briques.

Les habitants fréquentent habituellement les marchés d'Orgelet. Leur principale ressource consiste dans l'agriculture et l'éducation du bétail. Ils sont généralement dans l'aisance.

Biens communaux : quatre fontaines avec lavoirs et abreuvoirs un oratoire dédié à la Vierge, entre la forêt de Montjouvent et Orgelet, reconstruit en 1825 et placé dans le lieu dit à la Chapelle ; enfin 13e 72" de pâtures et bois-taillis, d'un revenu cadastral de 981 fr. Il n'y a ni maison commune, ni école ; les enfants, au nombre de 30 garçons et 17 filles, fréquentent les écoles de Sarrogna et de Nermier.

Bois communaux : 531h 81&; coupe annuelle 61&. Budget : recettes ordinaires 1179 fr. ; dépenses ordinaires 1179 fr.

NOTICE HISTORIQUE

De quelque côté qu'on dirige ses pas autour d'Orgelet, on est sûr de rencontrer de précieux souvenirs des temps passés. Le culte druidique y a laissé surtout de profondes empreintes. A Montjouvent, les superstitions populaires ont eu longtemps beaucoup d'empire sur l'esprit des habitants. 11 y a peu d'années encore ils croyaient à l'existence et au pouvoir des loups-garous, des sorciers et des fées. Celles-ci se montraient, selon eux, sous la figure de vieilles femmes et à la pâle lueur de la lune qui relevait encore la blancheur éblouissante de leurs robes ; on les rencontrait près des fontaines ou sur le mont de la Fâ, presque toujours au nombre de trois, comme les sorcières de Macbeth. Ce nom deinont de la Fâ a puisé sa source dans des traditions celtiques.
Près de Saintes est un célèbre tumulus gaulois encore appelé la montagne de la Fée, Podium de Rida. La dénomination de Montjouvent, Mons Jovis, de Bois de Jou, paraît constater le culte rendu en ce lieu à Jupiter. Mille idées absurdes circulaient jadis sur la fontaine d'Argent qui se trouve au pied du mont de la Fâ. Les gens du pays croyaient qu'elle recelait une mine inépuisable de ce métal précieux, et plus d'une fois on les a surpris fouillant le sol pour en tirer des trésors imaginaires. Ce village offre de nombreux monuments de la période romaine. Au sud-ouest des habitations, dans le lieu dit au Buisson de on retrouve plusieurs substructions, des caves bien conservées, des amas de tuileaux à rebords et d'autres débris romains. Les habitants ne manquent pas de dire que ces ruines sont les restes d'une abbaye.
Un château fort, construit en grosses pierres et couvert en laves, recouvrait le plateau d'une montagne qui se trouve au nord-est de Montjouvent. On en reconnaît encore l'emplacement et le fossé taillé dans le roc vif. Les débris de cette vaste construction sont appelés les Fours Sarrasins. Dans le Roussillon, on attribue aux Maures toutes les tours de vigie qu'on remarque au sommet des montagnes. Dans le Lyonnais, les ruines de la ville de Mediolanum, Moingd, près de Montbrison, sont appelées par le peuple murs des Sarrasins. Celles de Novioregum, près de Saintes, ont la même dénomination. Nous pourrions démontrer par une foule d'exemples que les Maures n'ont pas laissé la trace d'un seul monument en France, et que le mot de Sarrasin sert généralement à désigner les monuments anciens, de quelque époque qu'ils soient. Au pied de cet ancien château, probablement d'origine romaine, passait un chemin tirant d'Orgelet à Arinthod et appelé aux Vies ou au Pérou. Les titres de la chartreuse de Vaucluse constatent l'existence de Montjouvent dès le XII' siècle.

Seigneurie : Montjouvent formait une seigneurie en moyenne et basse justice, relevant pour la haute justice de celle d'Écrilles. Les sujets étaient mainmortables et soumis à beaucoup de corvées et autres charges féodales.

Seigneurs : La seigneurie de Montjouvent fut possédée, pendant plusieurs siècles, par une famille noble qui portait le nom de cette terre. Il est difficile de distinguer ces seigneurs de ceux qui possédaient en partie la seigneurie de Varennes-Saint-Sauveur. Jeanne de Montjouvent ou de Sainte-Croix était mariée, en 1475, à Guyot de Poligny, seigneur de Coges et d'Augea ; Claude de Montjouvent était allié, vers l'an 1520, à Jeanne de Mauffans. Il ne possédait plus, à cette époque, la terre dont il portait le nom. Elle était entre les mains de Philibert de Roche, qui la donna a Denise, sa fille, épouse de Philibert ;W.- de Grolée, chevalier, seigneur de Luys en Bugey. Cette terre se divisa en plusieurs parties.

En 1537, Jean, sire de Rupt, conseiller, chambellan de l'empereur Charles-Quint et chevalier en sa cour de parlement, en acheta quatre douzièmes et demi de Nicolas Vauchard, général des monnaies de Bourgogne, qui en était lui-même acquéreur. Il assigna aussitôt Philiberte de Saulx, veuve de Reynjer de Saubief, comme tutrice de Claude et Philibert de Saubief, ses fils, au partage de la seigneurie. On lui attribua, pour ses droits, un petit corps de bâtiment qui se trouvait à gauche de la porte d'entrée du château avec la tourelle à côté, deux chambres au nord du principal corps de bâtiment, avec la tour qui y était attenante, les fossés à l'entour et la partie des jardins et vergers joignant le grand chemin d'Orgelet. Le donjon, la porte, le pont-levis, la tour de l'escalier, la chapelle, le meix d'Entremont où étaient les grangeages, le colombier et tout le surplus du château furent réservés aux mineurs de Saubief. Le lot échu à Jean de Rupt passa par acquisition à Jean II de la Touvière, marié, le 23 août 1500, à Philiberte de Morel, dame d'Étrilles. Celui arrivé à MM. de Saubief fut acheté, en 1573, par Claude Lallemand, seigneur de Belmont, et revendu presque immédiatement à Claude de Binand, seigneur de Chambéria. Jean de la Touvière, du nom, seigneur d'Écrilles, fit des démarches inouïes pour être reconnu propriétaire exclusif du château de Montjouvent. Lorsque le duc d'Albe passa, avec son armée, à Orgelet, pour se rendre dans les Pays-Bas, au mois de juin 1567, Jean de la Touvière l'accompagna avec six chevaux et dépensa dans cette expédition des sommes considérables. Il fit plusieurs voyages à Bruxelles pour obtenir qu'à titre d'indemnité, le roi d'Espagne, comme seigneur d'Orgelet et suzerain d'Étrilles, reconnût que le château de Montjouvent devait lui appartenir à lui seul, en raison surtout des travaux importants qu'il y avait faits pour le mettre en bon état de défense. Louis de Binand, l'un des fils de Claude, eut ce domaine dans son lot et y fixa son séjour. Il testa le 28 avril 1603 et légua 300 fr. à Claudine, sa soeur, religieuse à Château-Chalon ; à Claude-Antoine et Louis de Binand, ses fils naturels, à chacun 800 fr., sa maison de Revigny et sa grange de Montjouvent, et institua pour son héritier universel Guillaume de Binand, son frère ; Pierre de Binand, l'un de ses autres frères, abbé de Baume, fut chargé de l'exécution de ses volontés.
En 1626, Guillaume de Binand, seigneur de Chambéria, donna sa portion de seigneurie de Montjouvent, en usufruit viager, à Jean-Antoine de Binand, son neveu illégitime, prieur de Chatonnay, qui fixa son séjour au château. Adrienne-Thérèse de Binand, sa fille unique, mariée, en 1650, à Jean-François de Joux, dit de Grimmont, baron de Châtillon-Guyotte, obtint, en 1700, de l'archevêque de Besançon, l'autorisation de faire célébrer les offices dans la chapelle qui était dans une des tours, parce que son âge ne lui permettait pas d'aller à l'église paroissiale. Cette dame chercha plusieurs fois à acheter les parts des seigneurs d' Étrilles, mais ses négociations échouèrent.
Ce n'est qu'en 1712 que Gabriel-Philibert et François-Gaspard de Joux de Grammont, ses fils, purent terminer cette acquisition et rester seuls propriétaires de Montjouvent. Claude-Louis-Maximilien, libre baron d'Iselin de Lannans, en fut le dernier possesseur féodal comme héritier en partie de Gabrielle-Charlotte-Françoise-Gasparinc, fille de Gabriel-Philibert de Grammont. Ce seigneur ayant émigré, ses biens furent vendus nationalement.

Château : Il est situé à l'extrémité septentrionale du village et se composait d'un corps de bâtiment ayant la forme d'un parallélogramme rectangle de 20"' de côté sur 9 de large, précédé d'une cour close de murs. Le tout était entouré par un fossé de 151" de largeur et de 41" de profondeur, alimenté d'eau par des sources qui se trouvaient dans le voisinage. La façade postérieure était flanquée de deux tours circulaires de 5"' de diamètre. Au centre de la façade était une tour octogonale contenant l'escalier. Les angles de la cour étaient défendus par deux autres tours semblables à celles du bâtiment. La porte était précédée d'un pont-levis. De ces constructions il ne reste que deux tours, le bâtiment principal et les traces des fossés. Les ouvertures sont du style ogival tertiaire. Ce château, en mauvais état, appartient à Mlle Mélanie Buffet qui l'habite.
 

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